On le sait tous : les fruits de notre grève estivale nous ont laissé un goût amer et le sentiment de ne pas avoir eu toute la vérité. Se faire servir l’équivalent d’un Monty’s par Air Canular, rien d’étonnant. Que le gouvernement nous serve la même vieille recette, telle la défunte omelette de J, on s’y attendait. Mais que notre syndicat s’effrite comme un vieux pretzel après nous avoir galvanisés par sa promesse courageuse d’affronter les conséquences juridiques de notre révolte (maintenant déclarée) illégale, avec l’équipe
qu’on avait, on ne pouvait s’y attendre. La surprise et l’incompréhension demeurent.
Que s’est-il passé lors de cette nuit fatidique qui nous a forcé à perdre notre momentum, pour une entente adoptée sans notre consentement, à notre insu, et qui ne contenait supposément aucune concession ?
Et surtout : allons-nous devoir attendre une autre décennie pour que notre droit démocratique nous soit de nouveau enlevé, sans que nous ayons voix au chapitre ?
Plusieurs se sont sentis trahis et impuissants face à ce résultat. Certains ont parlé de décertification ou de changer d’emploi. D’autres ont appelé à un mouvement de grèves sauvages (« wildcat strikes »). Aprèstout, si notre syndicat lui-même nous a encouragés à poursuivre une grève illégale, pourquoi se gênerait- on d’en faire autant, alors qu’on bafoue nos droits syndicaux d’être représentés et écoutés ?
Un bref rappel s’impose pour comprendre les causes de cette débâcle.
D’abord, rendons au SCFP ce qui lui revient : le syndicat a, au départ, assuré la mobilisation avec brio. En effet, la campagne de relations publiques « Le travail non payé, c’est du vol » s’est révélée d’une efficacité remarquable pour sensibiliser le public à nos conditions inacceptables. À ce moment-là, nous avions le vent dans les voiles (ou sous nos ailes).
Il est rare qu’un mouvement ouvrier obtienne un appui aussi clair au sein de la population.
Distribution de pamphlets et de lunettes de soleil pour véhiculer notre message, location d’un local dans le Vieux-Montréal avec distribution de chocolat chaud, présence sur le Web et nombreuses pétitions : une campagne menée avec courage.
Puis, sous la pression de la base, nous sommes parvenus à canaliser toute cette énergie silencieuse. À partir de ce jour, on sentait qu’il s’agissait d’un moment historique.
99,7 % !
Jamais nous n’avions été aussi unis, aussi soudés. 99,7 % d’entre nous étions du même avis. Notre comité de négociation disposait donc du mandat fort qu’il espérait obtenir.
Non seulement nous avions fait un sans-faute, mais l’employeur, alors même qu’il mentait devantcaméras et journalistes, a dû composer avec l’irruption de quelques-uns des nôtres dans la salle. Comble de l’ironie : alors que nous restions silencieux et ne les empêchions nullement de parler, ils se sont tus, allant jusqu’à déserter leur propre conférence de presse, quittant littéralement la table après avoir affirmé ne jamais avoir quitté la table (métaphorique des négociations). Ainsi, Owen Gallant devenait notre héros silencieux, debout avec dignité et portant toute la rage que nous
ressentions. On nous avait dit quoi faire : « govern yourselves accordingly ».
Nous avons donc fait la grève. Et nous sentions que nous pouvions faire changer les choses : après tout, nous avions cloué au sol tous les avions du transporteur national.
Qui aurait pu deviner que ce geste spectaculaire — le papier déchiré et lancé au vent par Mark Hancock — n’était que pour les caméras, une mise en scène destinée à nous manipuler ? Nous ne pouvions savoir qu’il ne s’agissait que de poudre aux yeux. Après tout, nos dirigeants syndicaux semblaient prêts à risquer la prison pour nous !
D’ailleurs, plus d’un parmi nous, sur la ligne de piquetage, était prêt à les y accompagner si nécessaire.
Puis vint l’aveu de Michael Rousseau : le copinage gouvernemental, les petits agents de bord dociles qui, selon lui, n’allaient jamais défier un ordre gouvernemental (pensait-on dans les bureaux aux sommets destours).
Quel mépris ! Quelle arrogance !
Et surtout, quelle démonstration flagrante de la collusion qui gangrène les soirées et cocktails dînatoires avec le parti libéral.
Le mépris ne s’est malheureusement pas arrêté là. Mark Nasr nous a candidement avoué que, pour Air Canular, l’important n’était pas ses employés, mais ses avions. Travaillez sans garanties ; pendant qu’on refuse de négocier, on verra plus tard pour vos conditions de travail.
Quel venin !
Nos camarades pris en escale un peu partout dans le monde ont commencé à rentrer au compte-gouttes et, ce faisant, les retrouvailles nous ont galvanisés de plus belle.
Puis, aussi soudainement que tout avait commencé : la fin.
On avait gagné !
Après tout, pourquoi nous faire rendre les armes si ce n’était pas le cas ?
Retourner travailler sans avoir obtenu gain de cause aurait été illogique. Non seulement les avions ne volaient plus, mais même l’illégalité et les menaces n’avaient pas suffi à nous faire plier. Mais qu’avions-nous gagné, au juste ? Quelle était cette offre sur laquelle nous devions nous prononcer ?
Une demi-heure de salaire pour « l’abolition du travail gratuit », très loin de représenter le temps réellement travaillé sans être payés, et une augmentation dérisoire, que nous avons massivement rejetée. On nous a alors demandé d’être patients, qu’un arbitre trancherait la question. Nous avons osé espérer un résultat quelque part entre l’offre insultante de l’employeur et la contre-offre syndicale (plus que raisonnable).
Décision rendue : vous ne méritez que des miettes.
Une amère déception — et c’est peu dire. Le pire des lendemains de veille. Tout ça pour ça ?
L’enthousiasme des lignes de piquetage, les déclarations spectaculaires de nos dirigeants, la solidarité, la défiance… pour une entente clairement imposée qu’on nous force à avaler à l’issue d’un processus encore moins démocratique que le dilemme du tramway.
Si certaines choses sont indigestes, c’est qu’elles ne sont pas faites pour être avalées. Si certaines choses sont inacceptables, c’est que tout en nous crie de les refuser. Si on nous fait avaler quelque chose de force, la seule bonne option est de tout leur recracher au visage.
Si vous lisez ces lignes, c’est que vous avez des collègues, des consœurs et des confrères qui veulent continuer la lutte. Le combat doit reprendre — mais cette fois, c’est la base qui doit en avoir le contrôle total. Cette lutte n’appartient pas aux bureaucrates syndicaux, mais aux agentes et agents de bord.
Parce qu’on n’a pas vécu tout ça pour des peanuts ni pour des pretzels. On n’a pas tenu sous la pluie sur les lignes de piquetage pour recevoir les miettes que l’employeur daigne nous donner. Nous devons continuer le combat, avec toute l’intransigeance et l’intelligence que cela exige.
Le comité de base des agentes et agents de bord est un outil que nous nous donnons pour nous organiser, nous coordonner et nous regrouper. Il rassemble toutes celles et ceux qui refusent de se laisser marcher sur les pieds, qui veulent reprendre le combat contre le patron exploiteur, les bureaucrates syndicaux timorés et antidémocratiques, et un État toujours au service des grandes entreprises.
C’est un espace pour décider ensemble, réellement démocratiquement, de la suite à donner à l’énergie et à la combativité de l’été dernier.
Rappelons-nous que la lutte paie : l’entente qui nous a été imposée aurait été encore pire sans nos quelques jours de grève illégale. Une véritable victoire ne viendra certainement pas sans quelques joursde plus.
Ne comptons que sur nos propres moyens.
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